Le vélo et les monuments historiques

Palais de Compiègne : draisienne : [photographie de presse] / Agence Meurisse. Paris, 1927.
Source gallica.bnf.fr / BnF

Riche d’environ 350 000 notices, la base de données Palissy du ministère de la Culture recense les objets mobiliers protégés au titre des Monuments Historiques ou simplement repérés par les chercheurs de l’Inventaire général du patrimoine culturel. C’est donc l’outil parfait pour prendre la mesure de la place du vélo dans le riche et ô combien diversifié patrimoine français. Et l’on se prend à rêver de grands-bi et autres cycles improbables.

Hélas, on déchante vite en découvrant qu’un seul deux-roues non motorisé est protégé au titre des Monuments Historiques en France. Et encore, un deux-roues sans pédales, puisqu’il s’agit d’une draisienne.

Cette draisienne, fabriquée vers 1820-1825 par le compagnon charron Urbain Alexandre, est remarquable de par son ancienneté (la draisienne, ancêtre du vélo, fut inventée vers 1817 par l’allemand Karl van Drais), son décor zoomorphe et sa rareté (une dizaine de draisiennes de cette époque subsistent en France). Elle est conservée au musée de la moto et du vélo du château du Bosc à Domazan dans le Gard et fut classée en 2010.

Le seul autre vélo figurant dans Palissy est une curieuse machine en bois datée du tournant des XIXe et XXe siècles, découverte dans la Vienne lors d’une enquête d’inventaire du patrimoine. Elle n’a pas fait l’objet de mesure de protection.

Évidemment, l’amateur de vélos anciens dépité par ce piètre résultat se console en se disant qu’après tout, les conservateurs des Antiquités et Objets d’arts sont notoirement plus friands de peintures religieuses du XVIIe siècle que de moyens de transport du XIXe siècle. Que nenni ! La même base recense 460 automobiles protégées au titre des MH (pour l’essentiel appartenant à la collection du Musée national de l’automobile de Mulhouse), 162 locomotives (dont 6 en Sarthe, en grande partie conservées au dépôt de la Transvap à Beillé) et même 3 motocyclettes.

Bien sûr, il est certain que les conditions de conservation ont pu jouer en défaveur du vélo : seules des machines encore existantes, bien conservées, datables avec suffisamment de précision et si possible appartenant à des collections constituées, sont susceptibles d’être protégées au titre des Monuments Historiques. Il est également possible que certaines pièces récemment protégées dans les départements ne figurent pas encore dans la base nationale, mise à jour annuellement.

Toutefois l’impression que l’on retire de cette (trop?) rapide enquête est que, face à l’attention dont jouit l’automobile, le vélo, dans le domaine des Monuments Historiques comme sur les boulevards urbains, reste bien mal considéré.