“Chaucidou” : ceci n’est pas un vrai aménagement cyclable

Le Mans métropole a récemment communiqué sur la réalisation d’une chaussée à voie centrale banalisée, aussi appelée “chaucidou”, entre Allonnes et Saint-Georges-du-Bois.

Précisons d’abord que l’agglomération n’a à aucun moment échangé avec nous à ce sujet.

Cette absence de concertation devient décidément une habitude problématique.
C’est d’autant plus dommageable qu’il s’agit d’une configuration rare et les nombreuses questions reçues le prouvent : pour toutes les catégories usagers c’est un OVNI (objet de voirie non identifié) !
 
D’abord le choix de cette solution sur cet axe nous semble discutable. Le “chaucidou” est pensé comme une réponse de dernier recours pour franchir des “points durs” avec de fortes contraintes de largeur – ici par exemple le pont sur la voie ferrée. Pas pour relier deux communes sur 2,4 km de route à travers champs !
 
Ensuite dans sa réalisation. Le “chaucidou” ressemble à des bandes cyclables mais, selon le code de la route, c’est simplement une chaussée (entre les pointillés peints) et ses accotements carrossables. Ces accotements peuvent être empruntés aussi bien à vélo qu’en voiture (légalement, on peut même y garer sa voiture).
 
Le principe du “chaucidou” est donc que les cyclistes circulent sur les accotements et les véhicules motorisés sur la chaussée. Celle-ci étant trop étroite pour que deux voitures s’y croisent, leurs conducteurs sont censés serrer à droite dans ce cas pour rouler chacun à cheval sur l’accotement et la chaussée. Cela implique qu’avant cette manœuvre les automobilistes s’assurent de l’absence de cycliste sur l’accotement, et surtout qu’ils circulent à vitesse réduite.
Or Le Mans métropole a choisi une limitation à 70km/h sur la quasi-totalité du trajet.
 
Une telle limitation de vitesse en situation de mixité est clairement incompatible avec la sécurité des personnes se déplaçant à vélo. Rappelons que la violence du choc en cas de collision est proportionnelle au carré de la vitesse : un choc à 70 km/h est deux fois plus violent qu’à 50 km/h.
En cas d’accident, la responsabilité de Le Mans métropole sera lourde car cette combinaison configuration / vitesse est en dehors des recommandations. Le Cerema, le prescripteur de référence pour la voirue en France, a mis les siennes à jour cet été.
Aux Pays-Bas, l’organisme de référence, le Crow, conditionne la réalisation du profil de chaussé type “chaucidou” à une limitation à 30 km/h.
 
Non seulement la peinture n’apporte jamais de sécurité aux gens qui se déplacent à vélo, mais dans ce cas le marquage est prévu pour être franchi !
Ce principe risque d’entretenir chez certains automobilistes la tendance déjà forte à s’approprier les aménagements cyclables (les vrais, ceux qui sont réservés aux déplacements à vélo).
C’est un dangereux signal que Le Mans métropole envoie là, à rebours du mouvement mondial vers une meilleure protection de l’usage du vélo.
La confusion est ici poussée à son comble par la peinture de pictogrammes vélos sur les accotements, en contradiction avec les instructions pourtant explicites du Cerema : “l’ajout de la figurine vélo sur la rive est à proscrire, car il crée une confusion avec la bande cyclable, voie de circulation exclusivement réservée aux cyclistes, interdite à la circulation, l’arrêt et au stationnement motorisé” (Chaussée à voie centrale banalisée  – Éléments de recommandation – 2017).
 
La communication sur le fonctionnement du “chaucidou” n’est pas non plus à la hauteur. Les panneaux implantés comportent un schéma où deux automobilistes, pour se croiser, doublent des cyclistes. Au lieu de donner un exemple d’apaisement, ils indiquent exactement le genre de comportement dangereux qu’il faudrait dissuader !

En l’absence de modèle réglementaire, ce sont les aménageurs qui choisissent le panneau. Le Mans métropole aurait très bien pu choisir un schéma où les automobilistes se rangent derrière les cyclistes pour se croiser. St-Mars-la-Brière a fait ce choix pour son propre “chaucidou”.

Panneau St-Mars-la-Brière

Contrairement à l’exemple de St-Mars-la-Brière, la réalisation de Le Mans métropole n’a pas non plus tenu compte des retours d’expérience qui montrent que le “chaucidou” est mieux compris et respecté quand les accotements sont d’une couleur différente de la voie centrale.
 
Pour toutes ces raisons, ce “chaucidou” échoue au test qui résume le mieux la qualité – ou non – d’une solution : “Laisseriez-vous un enfant y circuler à vélo ?” – par exemple pour se rendre au collège à Allonnes ?
 
De façon générale, le “chaucidou” n’est pas un aménagement cyclable et ne doit en aucun cas servir de prétexte pour ne pas en réaliser. Nous nous opposerons fermement à la multiplication de cette configuration.
 

Nous demandons donc les mesures correctives suivantes :

1. limiter la vitesse à 50 km/h sur la totalité du “chaucidou” et de réaliser des aménagements physiques, seuls à même de garantir un réel abaissement de la vitesse (ralentisseurs, “écluses”…). Cette demande rejoint celle déjà formulée par le collectif des Z’ECOgeorgiens.
2. remplacer les panneaux par d’autres n’incitant pas à des comportements dangereux, sur le modèle de ceux de St-Mars-la-Brière (référence ci-dessous)
3. conduire une évaluation de cet aménagement, dans laquelle nous demandons à être partie prenante
4. effacer les pictogrammes vélo sur l’accotement pour, éventuellement, les remplacer par des chevrons
5. ne pas envisager d’autre CVCB sur le territoire de LMM avant la fin de l’évaluation