Éloge du fixie… en 1924

 

Vélo à pignon fixe en 1894 :
Affiche publicitaire. Source gallica.bnf.fr / BnF.

 

 

 

 

Le fixie, ou vélo à pignon fixe, inspiré par les vélos de compétition sur piste, est apparu dans les années 1990 entre les cuisses des coursiers new-yorkais lassés des dégradations et vols de leur outil de travail, puis s’est répandu dans les grandes villes européennes et jusqu’au Mans – certains furent même assemblés dans l’atelier de Cyclamaine.

Le principe du fixie ? Disposer d’une machine légère, rapide et dépouillée de tous les accessoires susceptibles d’être vandalisés. On enlève donc tout ou presque, en commençant par les freins, pour ne conserver que le cadre, la direction et les deux roues, puis on transforme la transmission en installant un pignon fixe. Résultat : on pédale, le vélo avance, on rétropédale, le vélo recule, on arrête de pédaler… on ne peut pas, puisque le pignon fixé à la roue arrière entraîne le pédalier autant qu’il est entraîné par lui ! Pour freiner, il faut (mais cela suppose pas mal d’entraînement!) faire déraper le vélo en bloquant les pédales d’un bon coup de jambes.

Cette machine parfois qualifiée de néo-rétro, au style épuré et aux couleurs vives, est depuis quelques années le vélo urbain à la mode, notamment chez les hipsters. Elle est cependant souvent considéré d’un mauvais œil, d’aucuns la jugeant dangereuse, illégale (la loi obligeant tout cycle à être muni de deux dispositifs de freinage efficaces) et propre à transformer la rue en terrain de jeu acrobatique.

L’idée n’est pourtant pas neuve et les utilisateurs de fixie trouveront un étonnant écho à leurs arguments à la lecture de ce passage du traité La Bicyclette et le cyclisme, publié en 1924 par un certain Luc van Taecken, lequel n’était probablement pas un zazou irresponsable :

Le but [du véritable sportif] doit être de posséder une machine extrêmement simplifiée, d’une parfaite solidité doublée de légèreté. Il devra réduire les causes de pannes au minimum, parce que chaque panne est une perte de temps, une perte de plaisir et une fatigue nullement sportive ;
De même l’effort soutenu du pédalage ne doit pas lui être pénible, si il est réellement et rationnellement entraîné.
Il trouvera donc dans la bicyclette simple, nullement compliquée de freins, de changements de vitesse, etc. ; un outil parfaitement susceptible de passer partout. […] Sans roue libre, le sportif a dans ses jambes, le plus merveilleux des freins ; s’il n’est doué de vigueur musculaire, qu’il abandonne momentanément le tourisme et se livre à l’entraînement général. Ensuite, il fera du véritable cyclisme.