Les premiers enseignements du Baromètre des villes cyclables

Trois villes sarthoises figureront dans la deuxième édition du baromètre des villes cyclables, clos le 30 novembre : Le Mans, La Flèche et, pour la première fois, la Ferté-Bernard. Cette étude organisée par la FUB, notre fédération, est la seule à se baser sur le ressenti des cyclistes pour mesurer la qualité des aménagements cyclables. Elle a été plébiscitée, avec plus de 184 000 réponses, la plupart venant de cyclistes « du quotidien ».
Au Mans, avec plus de 950 réponses, nous disposons de l’état des lieux le plus complet jamais réalisé pour la ville. L’étude proposait en effet aux répondants d’identifier les axes et les points à (ré)aménager, et une partie de ces données est disponible dès à présent.
En complément, nous avons organisé au Mans cinq réunions de quartiers qui ont permis des échanges riches et précis avec environ 80 cyclistes aux profils très variés.

Les tronçons à revoir

Les axes prioritaires, les plus souvent cités :
– avenue Heuzé
– boulevard Oyon (entre l’avenue Lefeuvre et la gare)
– avenue Bollée sur toute sa longueur
– rue Chanzy (la partie non refaite entre Washington et Mariette)
– le tunnel
Les axes à revoir baromètre 2019
Parmi les autres axes très souvent cités, on peut distinguer des pénétrantes importantes où les aménagements cyclables sont absents ou défaillants :
– rue Nationale
– chasse Royale
– rue des Maillets
– avenue Jean Mac
On relève aussi des axes moins importants mais également très fréquentés et dépourvus de tout aménagement cyclable :
– boulevard Carnot
– rue d’Arnage
– rues Henri Champion et des Tennis (accès MMA Californie)
– rue Delagenière
– rue Prémartine
– route d’Isaac (Le Mans – Yvré)
– route de la Chapelle-Saint-Aubin
– traversée de Saint-Georges-du-Bois
– liaison Arnage-technoparc

Les points noirs

Les points noirs baromètre 2019
Les points noirs (intersections, ruptures de continuité…) sont en grande partie concentrés dans la traversée de l’hypercentre, entre le rond-point Chanzy/Bollée et le bas de la rue Voltaire, en passant par les rues Gougeard et du 33e RI et la place des Jacobins. Deux gros points noirs plus isolés se distinguent aussi : le rond-point Demorieux / Jarry / Pont des tabacs et celui de Pontlieue.

L’analyse de Cyclamaine

Par rapport à la première édition du baromètre il y a deux ans, une constante est très claire : l’absence d’aménagements cyclables protégés sur les axes à fort trafic motorisé représente le principal obstacle à la hausse des déplacements à vélo. En deux ans, seules deux portions de ce type ont été réaménagées (rue Chanzy et bd Demorieux) et le résultat est immédiat : ces points noirs ont disparu de la carte.
On observe par ailleurs que de nouveaux points noirs apparaissent dans de nouveaux quartiers, parfois loin du centre-ville.
C’est une conséquence logique de l’augmentation de la pratique cycliste.
Davantage d’habitant(e)s se déplacent à vélo et demandent à bénéficier d’aménagements corrects. Cette attente légitime a considérablement augmenté ces dernières années, alors que les aménagements ont stagné. Les décideurs politiques doivent en prendre conscience et corriger très vite le tir.
Ces deux priorités ressortent aussi des cinq soirées « Parlons vélo » que nous avons organisées dans différents quartiers du Mans.
Le diagnostic qui ressort de ces échanges est unanime : les aménagements existants au Mans ne répondent pas au besoin de sécurité des cyclistes actuels, et encore moins des cyclistes potentiels. Plusieurs participant(e)s aux soirées disent même se sentir plus en sécurité sur les routes de campagne que sur les bandes cyclables du Mans, c’est dire !
Une grande partie des problèmes rencontrés au Mans sont liés à la nature des bandes cyclables : ce n’est que de la peinture !
– Elles ne protègent pas des véhicules motorisés (inattention, coupure des trajectoires dans les virages et intersections, écarts, effet de souffle…)
– Elles ne sont pas respectées (stationnement illégal très fréquent), et il est quasiment impossible de garantir leur respect partout et tout le temps – ce qui ne devrait pas empêcher les polices d’essayer !
Une autre partie des problèmes est liée à la façon dont les bandes cyclables ont été utilisées au Mans
– Implantation très fréquente de stationnement automobile le long de la bande cyclable, ce qui crée de nombreux dangers pour les cyclistes : risque permanent de cisaillement par les véhicules qui entrent ou qui sortent de stationnement, ouvertures de portières… On observe d’ailleurs que les bandes sont beaucoup mieux perçues quand elles ne sont pas longées par du stationnement, comme les bandes rouges ouvertes au printemps boulevard Demorieux.
– Aucune protection dans les intersections (giratoires ou à feux), ce qui met les cyclistes à la merci de la moindre inattention de la part des conducteurs-trices de véhicules motorisés. Les îlots de séparation sont pourtant généralisés depuis longtemps dans de nombreuses villes !
Parmi les intersections, le baromètre révèle que les giratoires sont des configurations particulièrement redoutées par les cyclistes. La conception traditionnelle de ces carrefours doit être revue pour permettre aux cyclistes soit de les contourner, soit de les utiliser en sécurité, ce qui implique une clarification des priorités et un réel abaissement des vitesses. En cas d’impossibilité de garantir le passage des cyclistes en sécurité, une conclusion s’imposera : le rond-point n’est pas la solution à toutes les intersections !